08/08/2026

FREEMEDIA

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Bukavu: les vendeuses de fretin prises en pression entre pénurie et pression fiscale

Reportage

 

Elles viennent de tous les quartiers de la ville, les bras chargés d’espoir et de paniers vides. Ces femmes vendeuses de fretin, communément appelés Sambaza et nduguu, se retrouvent chaque jour au marché Bondeko, dans l’espoir de s’approvisionner et de vendre. Mais entre la rareté des marchandises et une fiscalité de plus en plus lourde, leur quotidien devient un véritable parcours du combattant.

Autour du lac Kivu, des deux côtés de la frontière entre la RDC et le Rwanda, le sambaza est bien plus qu’un poisson: c’est une tradition, une source de vie. Pourtant, la forte demande dans la ville de Bukavu ne trouve plus de réponse. Les pêcheurs peinent à suivre le rythme, et les armateurs venus d’Idjwi et de Kalehe n’arrivent plus à approvisionner correctement les marchés.

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Nana Lemba, grossiste bien connue du marché Bondeko, décrit une situation de plus en plus intenable:

« Les difficultés sont nombreuses. D’abord, il y a une insuffisance de fretin sur le marché, et la saison sèche serait à la base de cette pénurie. La hausse des taxes entraîne aussi d’autres problèmes. » indique t-elle.

Elle explique que pendant longtemps, les taxes étaient payées en fretin, sans argent. Mais depuis l’arrivée de l’AFC/M23 à Bukavu, les règles ont changé:

« Ils nous ont demandé de payer en argent. On leur a proposé que leurs agents collectent les fretins, les vendent, et récupèrent l’argent. Cette mesure n’a duré qu’un à deux mois. Depuis trois semaines, nous payons directement en argent: chaque samedi, chacun donne 1000 FC. Et pourtant, ils veulent toujours collecter les fretins. » ajoute t-elle

Le prix des marchandises a grimpé, les bénéfices ont fondu. Et sans le jeton de salongo, impossible d’étaler ses produits au marché.

« Nous demandons aux autorités de ne pas nous tracasser. Il n’y a pas d’argent. Qu’ils allègent les conditions pour nous, les gagne-petits. » a-t-elle conclu.

La pénurie de fretin ne touche pas que les étals: elle menace aussi les foyers.

« Les pêcheurs augmentent les prix, et bientôt c’est la rentrée scolaire. On ne sait pas comment nos enfants vont retourner à l’école. On n’aura pas les outils nécessaires », s’inquiète une vendeuse.

IMG-20250807-WA0030-300x165 Bukavu: les vendeuses de fretin prises en pression entre pénurie et pression fiscale

Mapenndo Zahinda, elle aussi vendeuse, résume la situation:

 « Il n’y a pas de marchandises, on bénéficie très peu, et il y a de multiples taxes à payer. Nous demandons aux autorités d’annuler certaines taxes. »

Nakishamba Espérance, vendeuse de fretin, conclut avec gravité:

« Nous souffrons beaucoup. Les taxes nous mettent mal à l’aise. Nous demandons à nos chefs d’alléger ces taxes en cette période difficile que traverse la ville de Bukavu. ».

Alors que les vendeuses de fretin tirent la sonnette d’alarme, les responsables de l’association des commerçants du marché Bondeko sont interpellés. Une rencontre avec les autorités locales pourrait être décisive. Mais pour ces femmes, chaque jour sans réponse est un jour de plus dans la précarité.

Par Mitterrand Rukozo