Malgré l’existence d’un Plan d’Action National (PAN) pour la mise en œuvre de la Résolution 1325, Femme, Paix et Sécurité , adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le gouvernement congolais peine à en assurer l’application effective. C’est ce que déplore Madame Solange Lwashiga, Coordonnatrice du Caucus des Femmes du Sud-Kivu et porte-parole honoraire du mouvement Rien sans les Femmes, dans une interview accordée à notre rédaction ce mardi 4 novembre 2025.
« Les autorités congolaises ne tiennent pas compte des besoins spécifiques des femmes dans les processus de paix. Ce sont des processus politiques dominés par les hommes, les membres du gouvernement, les présidents. Même la jeune fille qui vend des oignons devrait avoir voix au chapitre dans les assises de paix, que ce soit à Doha ou à Washington », affirme-t-elle.
Un financement quasi inexistant
Par ailleur, elle pointe du doigt à un manque de financement pour le PAN R1325, aggravé par la réduction des aides internationales.
« Il y a des programmes qui ne seront pas exécutés faute de financement. Le gouvernement attend tout des partenaires internationaux, sans mobiliser ses propres ressources. C’est une faible volonté politique », regrette-t-elle.
Une vision trop centralisée de la parité
Elle critique également la focalisation des autorités sur la représentation des femmes uniquement au sein du gouvernement central.
« Le gouvernement parle de femmes dans les instances de décision, mais ne voit que le niveau central. Il oublie les provinces, les entreprises publiques, les écoles, les universités… même les marchés. À Kadutu, plus de 90 % des commerçants sont des femmes, mais ce sont des hommes qui dirigent le comité de marché. Les femmes paient les taxes sans participer à leur gestion. »
Elle dit reconnaître que le gouvernement agit, mais de manière insuffisante.
« Il devrait prendre la Résolution 1325 comme un cheval de bataille, investir un budget conséquent, la populariser et accorder un véritable espace aux femmes dans la gouvernance. »
Face aux défis, elle insiste sur l’importance du plaidoyer et de la mobilisation citoyenne.
« Nous avons des compétences et de l’expertise. Je consacre mon temps à sensibiliser les femmes dans les territoires sur leurs droits. Nous collaborons avec les médias, capitalisons nos forces et les opportunités pour faire connaître la Résolution 1325. »
Elle cite l’exemple de Maître Néné Bintu, Présidente du Bureau de Coordination de la société civile du Sud-kivu, qui a récemment porté la voix des femmes congolaises jusqu’en France.
Relèvement en période de conflit, un défi oublié
Madame Solange Lwashiga, rappelle que l’Est de la RDC est toujours en situation de conflit, malgré les discours de post-conflit.
« Le tissu social est détruit, le tissu économique aussi. Les femmes n’ont pas accès aux soins. Celles qui échappent aux balles ou au viol meurent chez elles faute de structures sanitaires de proximité. Le relèvement sanitaire n’est pas pris en compte dans le PAN 1325. »
Un plan ambitieux, mais sans moyens
Le premier plan comportait dix axes stratégiques. Pourtant, selon elle, l’échec de sa mise en œuvre est principalement dû à l’absence de financement national.
« Avec toutes les richesses du pays, le gouvernement n’a rien investi. On regarde vers l’international au lieu de mobiliser les ressources nationales. C’est comme si, parce que cela concerne les femmes, on ne veut pas y mettre de l’argent. »
il faut s’informer pour revendiquer
En conclusion, Madame Solange lance un appel aux femmes congolaises:
« On ne peut pas refuser ce qu’on ne connaît pas. Il faut accueillir celles qui viennent vous parler de vos droits, de la Résolution 1325, même sans financement. La pauvreté ne doit pas nous empêcher de nous informer. » a-t-elle conclut.
Par Mitterrand Rukozo

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