13/03/2026

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Bukavu : la recrudescence de la justice populaire, une menace pour la jeunesse et la cohésion sociale

La ville de Bukavu est de nouveau confrontée à une montée inquiétante des cas de justice populaire. Cette pratique violente et publique, où la population se fait justice elle-même, refait surface et ravive les craintes d’une société fragilisée par l’absence d’institutions judiciaires solides. 

‎Deux personnes ont été tuées sur l’avenue Muhungu , au quartier Ndendere dans la commune d’Ibanda, et une autre victime dans la commune de Bagira au mois de février 2026. Ces événements rappellent la gravité d’un phénomène qui s’installe à nouveau dans le quotidien des habitants.

L’absence d’institutions judiciaires en cause

‎Pour Jean Mauro Tubibu, défenseur des droits humains, cette recrudescence est directement liée au contexte de guerre et au manque d’infrastructures judiciaires.

‎« Il n’y a pas de prison, pas de tribunal, pas de police. Les malfaiteurs ne peuvent être entendus ni jugés. La population, frustrée, se tourne vers une justice sauvage », explique-t-il.

‎La justice populaire se traduit par le mépris de la vie humaine, la vengeance et la violence. Les acteurs politiques et de la société civile, qui tentent de sensibiliser contre ces pratiques, peinent à imposer leur autorité.

‎Des conséquences psychologiques durables

Mapenzi Chiribagula Divine, psychomotricienne et assistante à la faculté des sciences sociales à l’ UEA, alerte sur les effets à long terme :  « Les enfants grandissent dans un climat de peur et de violence. Cela perturbe leur santé mentale et les pousse à développer un esprit de vengeance et de tribalisme », souligne-t-elle.

‎‎Ces retombées psychologiques menacent l’équilibre des générations futures et fragilisent la cohésion sociale.

‎Un sentiment d’abandon

‎David Sumaili, enseignant et chercheur en paix et transformation des conflits à l’Université Evangelique en Afrique analyse le phénomène comme une conséquence du vide institutionnel :

‎« Juridiquement, ce sont des actes répréhensibles, mais sociologiquement, ils deviennent acceptables lorsque la population se sent délaissée », explique-t-il.

‎Face à cette situation, les spécialistes exhortent la population à se tourner vers les autorités compétentes et à rejeter cette pratique destructrice. Car au-delà de l’immédiat, c’est l’avenir de la jeunesse qui se trouve menacé.

Par Evelyne Masonga