13/05/2026

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Bukavu : la justice populaire, un terreau fertile pour la vengeance et les traumatismes pour l’avenir

Depuis que le M23 a pris le contrôle de Bukavu il y a un mois, un sentiment d’abandon s’est emparé de la ville. Dans ce vide laissé par l’absence d’autorité, la population, désespérée, s’est tournée vers une forme de justice brutale : la justice populaire. Des scènes de lynchage, parfois de personnes innocentes, parfois de véritables criminels, se multiplient, plongeant la ville dans une spirale de violence.

 

IMG-20250331-WA0378-300x225 Bukavu : la justice populaire, un terreau fertile pour la vengeance et les traumatismes pour l'avenir

 

Pour comprendre ce phénomène, nous avons rencontré David Bwira, sociologue et assistant à l’Université Officielle de Bukavu. Il nous a éclairé sur les facteurs et les conséquences de cette situation alarmante.

Les racines sociologiques de la justice populaire

« L’absence d’un État fonctionnel est le principal facteur.Avec l’arrivée du M23, les prisons ont été vidées, laissant les criminels en liberté. Dans ce chaos, les vols et les meurtres se sont multipliés. La pauvreté, qui frappe durement une population déjà fragilisée, pousse certains au désespoir et à la criminalité. Face à cette situation, les gens se sentent abandonnés et décident de se faire justice eux-mêmes. »explique David Bwira.

Un cercle vicieux de violence et de vengeance

Cette justice populaire, loin de résoudre les problèmes, ne fait qu’envenimer la situation.

« Imaginez la douleur d’un parent qui voit son enfant, même coupable, lynché et brûlé vif. Un sentiment de vengeance s’installe, brisant le tissu social et plongeant les familles dans des conflits interminables. De plus, ces scènes de violence, souvent publiques, traumatisent les enfants et légitiment l’idée que la violence est une solution », souligne le sociologue.

Face à cette crise, les institutions locales ont un rôle essentiel à jouer.

 « L’éducation civique est primordiale. ll faut enseigner le respect de la vie humaine dès le plus jeune âge, à l’école, à l’église, dans les centres de santé. Il faut aussi renforcer les mécanismes de résolution pacifique des conflits au sein des familles et des communautés. » insiste David Bwira.

Pour David Bwira, il est urgent de rétablir la confiance entre la population et les autorités.

« L’État doit reprendre ses responsabilités, lutter contre l’impunité et la corruption, et restaurer un système judiciaire fiable. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi un travail de fond au niveau des familles, des écoles et des églises pour promouvoir une culture de non-violence. »

Le sociologue lance un appel à la population de Bukavu :« Retrouvons l’esprit de solidarité qui nous caractérisait. Multiplions les espaces de dialogue, les rencontres entre jeunes et adultes, pour réapprendre à vivre ensemble. Rappelons-nous que la vie humaine est sacrée et que seul Dieu est le juge suprême. Un humain ne tue pas un autre humain. » a-t-il conclu.

Mitterrand Rukozo

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