28/06/2026

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Bukavu: les héroïnes dans l’ombre, ces femmes qui portent le poids de leur famille en silence

Elles sont les piliers invisibles, qui assurent la survie de leurs familles. Dans la ville de Bukavu, les femmes portent un fardeau de responsabilités toujours plus lourd. Notre équipe a passé le temps à leurs côtés ce mercredi 21 avril 2025, témoignant de leur courage et de leur travail acharné pour subvenir aux besoins de leurs foyers.

 

Depuis  l’occupation de la ville par les rebelles de l’AFC/M23 a plongé de nombreux hommes dans un chômage forcé, les femmes de Bukavu ont pris le relais, assumant la quasi-totalité des charges familiales.

Elles sont partout, des marchés aux chantiers, risquant leur vie pour assurer le pain quotidien et bien plus encore. Elles répondent aux besoins primaires comme secondaires, couvrant la plupart des dépenses malgré des revenus souvent minimes.

Autrefois, interdites de travailler par leurs maris qui les considéraient comme de simples femmes de ménage, les rôles ont changé. Plusieurs femmes ont confié à notre rédaction que leurs maris, ayant perdu leur emploi, ont compris la nécessité de leur laisser la liberté de travailler. C’est ainsi que les femmes de Bukavu sont devenues de véritables héroïnes pour leurs familles.

 

Malgré la résilience, les défis quotidien restent un blocage

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Image d’une femme propriétaire d’un restaurant en plein air au terrain de SNCC Bukavu.

Ces femmes, anciennement perçues principalement comme des femmes au foyer ou des éducatrices, sont devenues la pierre angulaire de leurs familles. Sur la dizaine de femmes rencontrées au cours de leurs activités, toutes ont confirmé assumer la charge totale de leurs familles en cette période difficile. Cependant, cette résilience a un coût. Certaines se plaignent du manque d’espaces adéquats pour étaler leurs marchandises, limitant ainsi leur capacité à générer des revenus suffisants.

 

Bernadette Kwigomba, vendeuse de fretins (communément appelés sambaza), exprime son désarroi.
« Nous venons vendre ici, mais les clients sont devenus rares. On ne vend plus comme avant à cause de la situation économique, car beaucoup de gens sont au chômage. » regrette t-elle.

Malgré ce contexte socio-économique défavorable causé par la guerre, leur débrouillardise et leur courage restent intacts. Elles sont devenues des sensibilisatrices et des sources d’inspiration au sein de leurs communautés.

Madame Demetilla, vendeuse de légumes, regrette le fait que certaines femmes n’acceptent pas de vendre n’importe quelle marchandise, soulignant les défis liés aux préjugés.

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Image des femmes vendeuses de légumes au marché Beach Muhanzi

 

Les témoignages qui inspirent

Nsimire Nyabadeux, femme manutentionnaire de sable pour la construction, explique parfaitement ce double rôle. Elle supporte presque toutes les charges de sa famille, son mari étant au chômage.

« Je fais ce travail pour nourrir ma famille. L’argent que je gagne, j’en garde une petite partie et le reste, je le mets de côté pour les études de mes enfants, » Mon mari n’a pas de travail, et je rentre à la maison sans lui demander sa part de la ration pour éviter les problèmes le soir. Ce travail, je le fais pour faire vivre ma famille, et les études d’aujourd’hui, ça coûte cher. Si tu n’as pas les moyens, tes enfants n’étudieront pas. Mon mari passe la journée à la maison, le peu que je gagne est ce qui aide la famille. Il n’y a pas de travail pour les femmes et les hommes ; le plus important, c’est de s’entraider et de se respecter mutuellement à la maison. » confie-t-elle.

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Image d’une femme manutentionnaire de sable sur Avenue du Gouverneur.

Linah Benedict, propriétaire d’un mini restaurant en plain air chez Bichi Muhanzi, exorte les autres femmes à l’action et d’être au dessus de toute Complexe inutile.
« Il faut se forcer, se lever à 5h pour les travaux ménagers, et ensuite partir chercher la ration. Il faut savoir prioriser, cela demande de l’intelligence, même avec peu de moyens. » exorte t-elle.

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Image d’une femme propriétaire d’un restaurant en plein air au terrain de SNCC Bukavu

Elle ajoute : « Ces jours-ci, les hommes n’ont pas de travail, certains travaillent mais ne touchent rien. Ce sont les femmes qui répondent aux charges de la famille ces derniers temps. Nous nous entraidons. Ce travail répond à certains besoins, mais pas suffisamment. »

Une défenseuse des droits des femmes lance un cri d’alarme

Pour Madame Solange Lwashiga, coordonnatrice du Caucus des femmes du Sud-Kivu et porte-parole honoraire du mouvement Rien sans les femmes, depuis que la guerre a commencé dans l’Est de la RDC, les femmes ont joué un rôle de premier plan dans le renforcement du statut économique des ménages. Mais avec la présence des rebelles du M23, ces femmes n’ont plus accès au crédit.

« Les femmes qui étaient dans des initiatives, par exemple les Associations villageoises d’épargne et de crédit, la mutuelle de solidarité, n’ont plus accès aux crédits. D’autres, qui avaient mis leur argent dans les banques, aujourd’hui ça ne fonctionne plus, même s’il y a le système de net banque qui demande beaucoup de moyens pour y accéder.

Et quand les femmes doivent aller auprès d’un agent, on doit retirer cinq pour cent. C’est la raison pour laquelle les défis économiques touchent ces femmes, ce qui fait que le niveau de vie des ménages a diminué. L’espace économique qu’occupaient les femmes dans les villages ou ici en ville est fortement affecté par la guerre, avec de lourdes conséquences sur les activités menées par les femmes congolaises dans la partie Est de la RDC, particulièrement à Bukavu », indique-t-elle.

‎Parmi eux, Justin Matabro, ancien employé de la Bralima, témoigne avec humilité de la nouvelle dynamique au sein de son foyer:

‎« Moi, c’est ma femme qui nourrit nos enfants et assume toutes les dépenses de la maison. Malgré tout cela, elle continue à me respecter en tant que son mari. » témoigne t-il.

Qui pour alléger le fardeau de ces femmes et soutenir leurs efforts ?

Malgré leur courage, les femmes ne peuvent tout porter seules. Elles appellent les autorités à créer des opportunités pour leurs maris, à faciliter l’accès au crédit, et à aménager des espaces de travail dignes.

Car derrière chaque marmite fumante, chaque étal de légumes, chaque sac de sable porté sur la tête, il y a une femme qui lutte pour que ses enfants mangent, étudient, et rêvent encore.

 

Par Mitterrand Rukozo