Le quotidien des femmes manutentionnaires
À Bukavu, chaque matin, des dizaines de femmes entament leur journée en transportant des sacs de sable, de pierres et de gravier. Les charges sont lourdes, les distances longues, et le soleil ou la pluie rendent chaque pas plus dangereux. Sans protection, elles s’exposent à des blessures, des chutes et une fatigue extrême. Pourtant, ce travail reste vital pour nourrir leurs familles.
Témoignages de courage et de douleur
Nsimire Kanyere raconte :
« Les accidents sont fréquents : glissades, chutes avec des pierres lourdes, blessures par des sacs de sable qui tombent ou par des outils laissés sur le chantier. Et souvent, nous n’avons pas accès à des soins médicaux adaptés. »
Tulina Bochombo se souvient :
« Ce travail me fatigue beaucoup, surtout à cause du poids des sacs lourds. Un jour, sous la pluie, j’ai glissé et me suis fracturé la jambe, ce qui m’a conduit à l’hôpital. »
Justine Kalimbiri tire un constat amer :
« Les charges répétitives provoquent des douleurs dans le dos, les épaules, les bras et les jambes. En portant des sacs de gravier sans force, on peut aussi glisser et perdre la vie. »
Un métier indispensable mais dangereux
Ces femmes travaillent debout pendant de longues heures, souvent sans pause. Leurs corps portent déjà les marques de plusieurs années de labeur. Chaque sac transporté est à la fois un fardeau physique et une responsabilité familiale : assurer la nourriture, l’éducation et la survie des enfants.
Travail informel et précarité
La manutention féminine à Bukavu s’inscrit dans le vaste secteur informel qui domine l’économie congolaise. Sans contrat, sans protection sociale ni assurance, ces femmes dépendent uniquement de leur force physique pour survivre. Leur activité échappe aux statistiques officielles, mais elle constitue une part essentielle de la chaîne de construction urbaine.
Pauvreté et absence de alternatives
La majorité de ces travailleuses sont issues de familles modestes. Faute d’accès à des emplois stables ou à des microcrédits, elles se tournent vers ce métier de survie. Le revenu, bien que maigre, reste indispensable pour payer la scolarité des enfants ou assurer la nourriture quotidienne.
Santé et invisibilité sociale
Les risques physiques sont multiples : fractures, douleurs chroniques, maladies respiratoires liées à la poussière. Pourtant, ces femmes restent invisibles dans les politiques publiques. Leur travail n’est pas reconnu comme une activité professionnelle, ce qui les prive de droits élémentaires.
Vers une nécessaire protection
La situation appelle des mesures urgentes : mise en place de coopératives ou associations pour défendre leurs droits; Accès à des équipements de protection (gants, chaussures, ceintures dorsales); programmes de formation et de reconversion pour offrir des alternatives économiques; intégration dans des dispositifs de sécurité sociale et de santé.
Par Patricia Mabasa

More Stories
Bukavu : les commerçantes transfrontalières étouffées par la fermeture des frontières, le Maire réagit
Bukavu : carburant stabilisé, compromis entre les autorités et pétroliers
Bukavu : refus des billets en francs congolais, la NDSCI appelle à la responsabilité , le maire menace de sanctions