À Rubavu, au Rwanda, des jeunes Peace Fellows venus de la République démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda se sont réunis les 23 et 24 septembre 2026 à l’occasion d’un forum régional consacré à la paix et à la cohésion sociale. La rencontre a notamment porté sur les discours de haine, le dialogue interculturel et intergénérationnel ainsi que sur le rôle des jeunes dans la consolidation de la paix dans la région des Grands Lacs.
Pendant deux jours, les participants ont échangé sur les effets des discours de haine sur la cohésion sociale dans la région. À travers des discussions et des témoignages, ils ont également partagé leurs expériences dans les initiatives de paix, en revenant sur les réussites, les difficultés rencontrées et les enseignements à en tirer.
Par ailleurs, la deuxième journée a été consacrée à la culture comme vecteur de paix et de rapprochement entre les peuples des Grands Lacs. Des présentations culturelles, notamment des poèmes, des slams et des chants, ont ainsi ponctué les échanges. Les participants ont également pris part à un dialogue interculturel, à l’élaboration d’une note de plaidoyer ainsi qu’à des activités de réseautage et d’engagement communautaire.
Des expériences nationales à une réflexion régionale
Pour Frère Vital Nguyeneza, directeur exécutif de Vision Jeunesse Nouvelle, cette rencontre constitue le prolongement des initiatives nationales organisées dans les différents pays.
« Cette activité, je dirais que c’est l’aboutissement des activités nationales que nous avons réalisées. Et aujourd’hui, nous sommes en train encore de réfléchir en tant que tous les bâtisseurs de la région : quelle est notre contribution, quel est notre apport, qu’est-ce qui a marché, qu’est-ce qui ne marche pas, pour qu’ensemble, nous trouvions des chemins communs », explique-t-il.
Dans cette perspective, les échanges doivent permettre aux jeunes de confronter leurs expériences et de dégager des pistes communes pour renforcer les initiatives de paix dans la région.
Au-delà des discussions en présentiel, l’utilisation des réseaux sociaux a également occupé une place importante dans les échanges. Frère Vital Nguyeneza appelle notamment les jeunes à davantage de prudence avant de diffuser un contenu.
« Avant de publier, il faut se demander : ce message-là, quel impact aura-t-il ? Quel est l’objectif ? Quel est l’intérêt ? », insiste-t-il.
Ainsi, la lutte contre les discours de haine ne devrait pas se limiter aux espaces numériques. Elle doit également commencer dans les familles, entre proches, dans les communautés et dans les milieux professionnels.
La culture, un langage commun entre les peuples
Au-delà de la question des discours de haine, le forum a également mis en lumière le rôle de la culture dans la construction de la paix.
C’est dans ce cadre que le professeur Doudou Kaganda, Directeur de l’Action pour la Paix et la Concorde (APC) au Sud-Kivu, est intervenu sur le thème : « Les cultures comme fondements de la paix et de la cohésion sociale entre les peuples des Grands Lacs ».
Pour lui, la culture ne constitue pas uniquement un marqueur d’identité. Elle peut également servir de point de rencontre entre des communautés différentes.
« La culture n’est pas seulement dans l’avenir, elle est beaucoup plus le fondement de la paix », souligne le professeur Doudou Kaganda.
Selon lui, les différentes expressions culturelles peuvent favoriser la connaissance mutuelle et ouvrir des espaces de dialogue entre les peuples.
« À travers les expressions culturelles, la musique, la danse, l’art, les traditions alimentaires, le mariage, etc., ces expressions contribuent à la culture et au dialogue avec les autres peuples, les autres cultures », explique-t-il.
Dans cette approche, la culture devient donc un moyen de rapprocher les communautés en mettant en avant à la fois leurs particularités et ce qu’elles ont en commun.
Le professeur Doudou Kaganda insiste par ailleurs sur le rôle de la transmission. Selon lui, la culture se construit notamment à travers la socialisation et l’éducation, puis se transmet d’une génération à l’autre.
« La culture n’est pas innée, la culture est plutôt acquise à travers la socialisation, à travers l’éducation », rappelle-t-il.
Dès lors, les jeunes occupent une place particulière dans ce processus. Ils sont appelés à contribuer à la transmission des valeurs culturelles susceptibles de favoriser le vivre-ensemble et le dialogue entre les générations.
Le dialogue interculturel pour dépasser les préjugés
Cette dimension interculturelle a particulièrement marqué les jeunes Peace Fellows présents à Rubavu. Une participante venue d’Ouganda explique avoir apprécié les échanges avec des jeunes de la RDC, du Rwanda et d’autres pays de la région.
Ces rencontres lui ont notamment permis de confronter les perceptions que les uns peuvent avoir des autres avec les réalités vécues au cours des échanges.
« Ce qu’on dit de ces pays, ce qu’on dit de ces jeunes, c’est différent, parce qu’ils sont accueillants, ils nous ont accueillis, on a formé ensemble comme une famille. Il y a eu des partages, des échanges d’expériences, on a même échangé des contacts », témoigne-t-elle.
Les jeunes veulent agir sur les réseaux sociaux
Pour les jeunes participants, l’engagement en faveur de la paix passe également par une utilisation plus responsable des médias et des réseaux sociaux.
Une Peace Fellow de Goma affirme ainsi vouloir faire de la vérification de l’information un réflexe dans son engagement communautaire. Elle souligne que les fausses informations peuvent contribuer à alimenter les discours de haine lorsqu’elles sont relayées dans les médias ou en ligne.
Elle s’engage donc à vérifier les informations avant de les partager et à promouvoir, au contraire, des messages favorables à la cohésion sociale.
De son côté, Alice Kajabika, femme des médias et jeune Peace Fellow de Bukavu, insiste également sur la responsabilité des professionnels des médias et des utilisateurs des réseaux sociaux.
Elle annonce notamment son intention de restituer les acquis du forum dans sa province et de maintenir les échanges avec les jeunes du Rwanda, de l’Ouganda, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
« Je dois vérifier toute information concernant les discours de haine sur les réseaux sociaux avant de les transférer dans des groupes », affirme-t-elle.
Elle entend également contribuer à « briser » les chaînes de propagation des contenus susceptibles d’alimenter les divisions.
Des engagements au-delà du forum
Au terme de cette rencontre, les participants ont réaffirmé la nécessité de poursuivre les échanges au-delà du forum. Pour les organisateurs, la consolidation de la paix implique un engagement dans la durée, notamment à travers le dialogue, la responsabilité dans l’utilisation des réseaux sociaux, la transmission culturelle et les initiatives communautaires.
Organisée autour de la célébration de la Journée internationale de la paix, cette rencontre aura ainsi permis aux jeunes Peace Fellows de partager leurs expériences, de renforcer leurs réseaux et de réfléchir à des actions communes pour prévenir les discours de haine et promouvoir la cohésion sociale dans la région des Grands Lacs.
Le forum s’inscrit dans le cadre du projet Great Lakes Phase III, avec l’appui d’Interpeace et la mise en œuvre par Action pour la Paix et la Concorde (APC), Pole Institute, Vision Jeunesse Nouvelle et Refugee Law Project.
Par Mitterrand Rukozo


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