Alors que le monde célèbre ce 7 juillet 2025 la Journée mondiale de la langue Swahili, la valeur accordée à cette langue reste controversée dans la ville de Bukavu ces deux dernières décennies, selon des habitants rencontrés à l’occasion de cette journée commémorative.
Introduite en 2022 par l’UNESCO comme première langue africaine honorée au niveau mondial, le Kiswahili est reconnu pour son rôle unificateur et sa richesse culturelle. Parlée par plus de 200 millions de personnes à travers l’Afrique de l’Est et Centrale, cette langue demeure pourtant marginalisée dans certaines villes de la République démocratique du Congo, notamment à Bukavu, où elle souffre d’un manque d’estime au sein des familles et du système éducatif.
Musemi Ramazani défend avec ferveur l’importance du Kiswahili:
« Chez nous, le Kiswahili est très important parce qu’il est le plus parlé en Afrique. Si tu vas au Kenya ou en Tanzanie pour faire du business, il faut bien parler swahili. C’est une langue qui nous aide à nous intégrer sur le continent », affirme-t-il.
Il regrette cependant que cette langue, facilitant les échanges économiques et culturels dans plusieurs pays africains, soit toujours perçue comme secondaire à Bukavu, au profit du français et de l’anglais.
De son côté, Jafari déplore le manque d’intérêt de certains parents pour le Kiswahili:
« Ici à Bukavu, on enseigne d’abord le français et l’anglais à nos enfants. On oublie que le Kiswahili qui est une langue nationale. Certains vont même jusqu’à punir leurs enfants s’ils le parlent », regrette-t-il.
Selon lui, près de 60 % de la population locale continueraient à utiliser le Kiswahili, influencés par les pays voisins comme la Tanzanie ou le Burundi, où cette langue est mieux valorisée.
Mais tous les habitants ne partagent pas cet enthousiasme. Une mère de famille interrogée affirme:
« Personnellement, je ne donne pas de valeur au Kiswahili. Je préfère que mes enfants parlent français. Le Kiswahili contient des termes que je trouve vulgaires », dit-elle.
Cette perception, souvent subjective, illustre une disparité sociolinguistique où certaines langues nationales se retrouvent reléguées à un statut inférieur, malgré leur importance identitaire.
Françoise Nsimire souligne un problème croissant de communication intergénérationnelle:
« Les parents sont nés avec le Kiswahili mais ne l’enseignent plus à leurs enfants. Lorsque les grands-parents veulent saluer leurs petits-enfants, ces derniers ne comprennent pas », explique-t-elle.
Elle estime que la survalorisation du français crée un déséquilibre social et culturel:
« Le français est devenu un problème pour notre société, il nous éloigne de nos racines. »
Cette journée mondiale est une occasion pour les habitants et les décideurs politiques de réfléchir à une meilleure intégration du Kiswahili dans le système éducatif et la vie quotidienne. Car au-delà de son rôle linguistique, le Kiswahili incarne une culture, une histoire et une identité africaine commune.
Par Christel Safari

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