« Je ne suis pas habituée d’acheter la marchandise au Rwanda, car au paravent je partais dans plaine de rizizi », lâche Anne Marie Furaha, vendeuse de fruits et légumes au marché ELAKAT, le regard fatigué mais déterminé.
Depuis l’occupation de la ville de Bukavu par les troupes de l’AFC/M23, la situation économique des femmes vendeuses exerçant le commerce transfrontalier entre Bukavu et le territoire rwandais est devenue alarmante. Ce constat a été dressé par notre rédaction ce mercredi 13 août.
Ces femmes, véritables piliers de l’approvisionnement en fruits et légumes de la ville, viennent de tous les quartiers de Bukavu. Chaque jour, matin, midi et soir, elles traversent la rivière Ruzizi symbole historique de la frontière à la recherche du pain quotidien. Mais aujourd’hui, leur traversée est devenue un calvaire.
Avant l’occupation, la plaine de Ruzizi était leur principal point d’approvisionnement. Accessible et fertile, elle leur permettait d’acheter à bon prix et de revendre avec une marge raisonnable. Désormais, cette zone est devenue inaccessible à cause de l’insécurité, les obligeant à se tourner vers des grossistes rwandais.
Mais ces mêmes grossistes reviennent vendre la marchandise sur les marchés de Bukavu… au même prix. Une concurrence jugée déloyale par les vendeuses, qui voient leurs bénéfices fondre et leur quotidien s’assombrir.
« Nos activités commerciales sont perturbées, car nos grossistes viennent revendre la même marchandise ici, au même prix que nous », témoigne Anastasie Sakina, vendeuse d’épices.
« Au départ, on travaillait bien. On achetait la marchandise et on la revendait à bon prix, car il y avait la circulation de l’argent. Aujourd’hui, nous achetons auprès de nos grossistes au Rwanda, puis ils reviennent vendre la même marchandise ici, au même prix qu’ils nous l’ont vendue », s’indigne Rachel Ponga, vendeuse de fruits au marché ELAKAT.
Face à cette situation, les vendeuses souvent mères de famille tirent la sonnette d’alarme. Elles demandent aux autorités locales d’intervenir pour réguler le commerce et protéger leur activité.
« Je demande aux autorités de réglementer notre commerce, et de dire aux grossistes de ne pas venir nous envahir », conclut Anastasie Sakina.
Par Prosper Mubambwe

More Stories
Bukavu : après le glissement de terrain, les ponts provisoire de Bugabo inquiète
Kabare-Kinshasa : une femme candidate pour porter la voix de l’UDEZOKA
Bukavu : des enfants dans la rue, un phénomène inquiétant