La nomination de Grâce Émie Kutino au poste de ministre de la Jeunesse dans le gouvernement Suminwa II a suscité une vague de réactions, oscillant entre surprise, scepticisme et dénigrement. Dans un pays où les femmes peinent encore à être reconnues pour leurs compétences, cette désignation a réveillé les vieux démons du sexisme ordinaire.
Depuis son appartement en Europe, Alice Kajabika, journaliste et militante des droits des femmes, est choquée par les réactions sexistes associées aux femmes lors de chaque nomination au gouvernement, mettant en doute les compétences qu’elles possèdent. Elle n’a pas caché son indignation.
« Certains insinuent qu’elle doit son poste à des « faveurs », comme si, pour une femme, l’ascension politique ne pouvait être que le fruit d’une proximité intime plutôt que d’un parcours méritoire. Ce discours rétrograde, malheureusement trop répandu, nie les efforts, les sacrifices et les engagements de nombreuses femmes congolaises« . s’indigne t-elle.
Qui est Grâce Kutino ?
Grâce Kutino n’est pas une inconnue parachutée dans les hautes sphères du pouvoir. Née en 1999 à Kinshasa, fille du pasteur Kutino Fernando figure religieuse et politique elle a grandi entre Paris et Kinshasa, marquée par l’incarcération injuste de son père pendant près d’une décennie. Ce traumatisme, loin de la briser, a nourri sa vocation.
Pasteure depuis 2017, conférencière, entrepreneure et présidente de la Jeunesse pour Christ en RDC depuis 2023, elle s’est imposée comme une voix influente auprès des jeunes, prônant la paix, le leadership moral et la mobilisation citoyenne.
Une parité encore en chantier
Sa nomination intervient dans un contexte où la jeunesse représente plus de 60 % de la population congolaise, mais où les femmes restent sous-représentées dans les institutions. Sur 53 ministres, seules 17 sont des femmes. L’article 14 de la Constitution exige pourtant une représentation équitable. Grâce Kutino incarne cette avancée, mais elle ne devrait pas en payer le prix par des insinuations sexistes.
Le vrai combat pour éradiquer les stéréotypes
« Réduire la légitimité d’une femme à sa beauté ou à ses relations personnelles est une insulte à toutes celles qui se battent pour exister dans l’espace public. Ces préjugés ne touchent pas que la politique: ils gangrènent l’administration, les ONG, les entreprises. Ils brisent des carrières, étouffent des vocations et freinent le progrès national ».
Aujourd’hui, c’est Grâce Kutino qu’on humilie. Demain, ce sera votre fille, votre sœur, votre collègue. Il est temps de grandir et de comprendre que la dignité d’une femme ne se négocie pas: elle s’impose.
« Tant que nous n’aurons pas intégré cela, nous ne serons jamais vraiment libres ». Comme disait Léopold Sédar Senghor, « La femme n’est pas le sexe faible, c’est le sexe fort… Quand elle avance, toute l’humanité avance ». A t-elle conclu.
Par Mitterrand Rukozo

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