Le territoire de Kalehe, dans la province du Sud-Kivu, fait face depuis plusieurs années à une faible cohésion sociale, résultant d’une combinaison de facteurs liés a l’insécurité persistante, divisions identitaires, exploitation non régulée des ressources naturelles et crises humanitaires récurrentes. Les conflits armés qui affectent cette zone ont entraîné de graves conséquences sociales, sécuritaires et humanitaires, notamment des déplacements massifs de populations et la recrudescence des discours de haine entre communautés locales.

C’est dans ce contexte que s’est tenue, le 14 janvier 2026, à Minova centre, une activité communautaire d’échanges interculturels à dimension intergénérationnelle. Organisée par l’ONG Action pour la Paix et la Concorde (APC asbl), cette rencontre s’inscrivait dans le cadre du projet « SOTE KWA UUSIANO BORA », dédié au renforcement des mécanismes communautaires de cohésion sociale sur l’axe Kalehe centre-Minova.
L’activité a réuni une diversité d’acteurs locaux, les leaders communautaires, chefs de villages, membres des Cadres de Dialogue et de Médiation (CDM), jeunes, femmes, personnes déplacées et retournées.
L’objectif principal de la rencontre était de renforcer la résilience communautaire à travers des échanges interculturels, en identifiant et en valorisant les pratiques culturelles favorisant la cohésion sociale dans le territoire de Kalehe.

À travers des travaux de groupe et des discussions en plénière, les participants ont partagé leurs expériences et mis en évidence des pratiques culturelles, anciennes et contemporaines, qui renforcent la solidarité, la justice communautaire et la cohabitation pacifique.
Ces échanges ont permis de faire émerger des valeurs communes, transcendant les appartenances identitaires.
Des pratiques locales reconnues comme leviers du vivre-ensemble
Parmi les pratiques favorisant la cohésion sociale identifiées par les participants figurent notamment : les travaux communautaires; les dialogues communautaires de résolution des conflits (bushinge); les associations et groupes intercommunautaires; les activités sportives et culturelles; les projets communautaires portés par les ONG locales; les pactes de sang; le partage de nourriture et de boissons ; la présence active des chefs coutumiers dans leurs entités; le troc et d’autres formes traditionnelles de solidarité.
Le tribalisme identifié comme principal obstacle
Les participants ont également analysé les facteurs entravant l’utilisation et la pérennisation de ces bonnes pratiques. Parmi les défis majeurs identifiés figurent : le tribalisme, les manipulations politiques, le non-respect des valeurs culturelles, les rumeurs, les discours de haine, l’insécurité persistante, les violences armées, la crise de confiance et la méfiance entre communautés.
À l’issue des échanges, plusieurs actions prioritaires ont été proposées par les participants afin de renforcer la cohésion sociale, notamment :
la sensibilisation des familles aux bonnes pratiques culturelles; la transformation sociale individuelle à travers l’éveil des consciences; la lutte contre les préjugés et les stéréotypes; la promotion du vivre-ensemble intercommunautaire; l’organisation de dialogues intercommunautaires avec des plans d’action clairs et réalistes; la sensibilisation des responsables religieux sur l’importance des mariages interreligieux comme facteur de rapprochement communautaire.
La diversité culturelle, une richesse à réhabiliter
Pour APC asbl, la diversité culturelle constitue une ressource essentielle pour le développement local et la cohésion sociale.
Bien que cette diversité ait souvent été instrumentalisée comme facteur de division, alimentant tensions identitaires, violences et conflits récurrents, les cultures locales présentes à Minova regorgent de pratiques socioculturelles de solidarité, de justice communautaire et de cohabitation pacifique.
Autant de leviers durables sur lesquels les communautés peuvent s’appuyer pour reconstruire le vivre-ensemble.
Rédaction

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