13/08/2026

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Bukavu : le refus des billets usés plonge la population dans la confusion, la SOCIV interpelle les services publics

Le refus de certains billets en francs congolais, notamment ceux jugés usés ou déchirés, continue de susciter confusion et inquiétude dans la ville de Bukavu. Alors que les autorités provinciales et urbaines avaient appelé à mettre fin à cette pratique, la société civile du Sud-Kivu

affirme que le phénomène persiste et tend désormais à toucher certains services publics.

Le Bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu (SOCIV) tire ainsi la sonnette d’alarme et appelle les autorités compétentes à prendre des mesures pour clarifier la situation et protéger la population contre les conséquences de ces pratiques.

Selon cette structure citoyenne, certaines institutions publiques seraient elles-mêmes impliquées dans le rejet de billets considérés comme impropres à la circulation. La SOCIV cite notamment la Société nationale d’électricité (SNEL), la Régie de distribution d’eau (REGIDESO), ainsi que certains services chargés du recouvrement fiscal.

Cette situation intervient alors que les autorités provinciales et urbaines avaient déjà condamné le refus des billets en francs congolais jugés usés ou déchirés et annoncé des sanctions contre les personnes qui s’y livreraient. De leur côté, plusieurs mouvements citoyens avaient appelé la population à faire preuve de solidarité et de responsabilité dans l’utilisation de la monnaie nationale.

Mais sur le terrain, le constat reste différent.

« Nous sommes très confus. On était venu nous sensibiliser ici un jour sur le refus de certains billets en FC. On avait dit que celui qui serait impliqué dans cette pratique serait soumis à une amende de cent mille francs congolais. Nous nous y sommes soumis. Mais peu après, les taxateurs sont passés. Quand nous leur donnons ces billets, ils les refusent catégoriquement et menacent de nous arrêter parce que nous leur remettons des billets qu’ils considèrent comme usés », témoigne Nsimire Bagula, nom d’emprunt, un commerçant de Bukavu.

Pour certains opérateurs économiques, cette situation rend les transactions quotidiennes de plus en plus difficiles. Les billets pourtant acceptés dans certains commerces peuvent être refusés quelques minutes plus tard par d’autres prestataires ou services.

Marie, commerçante, en a fait l’expérience. Après avoir reçu un billet de 20 000 francs congolais qu’elle jugeait simplement peu propre, elle affirme avoir été contrainte de recourir à un cambiste lorsque les grossistes ont refusé de l’accepter.

Elle dit avoir alors perdu 3 000 francs congolais, soit 15 % de la valeur du billet, pour pouvoir l’échanger.

« La fois passée, j’ai vendu un article à vingt mille francs. Le billet n’était pas tout à fait propre. Quand je suis partie auprès des grossistes, tous ont refusé ce billet. J’étais obligée de recourir aux échangeurs, qui m’ont soumis à une réduction de trois mille francs. Depuis lors, j’ai peur de prendre de tels billets », explique-t-elle.

Pour Samy Takimbula, vice-président et président ad intérim de la SOCIV Sud-Kivu, cette situation nécessite une intervention urgente des autorités. Il appelle les services concernés à harmoniser leurs pratiques afin d’éviter que la population ne soit davantage exposée à la confusion.

La société civile estime notamment qu’il est nécessaire de clarifier auprès de la population les critères permettant de distinguer un billet réellement impropre à la circulation d’un billet simplement usé, afin d’éviter les interprétations contradictoires lors des transactions.

Cette controverse intervient dans un contexte économique déjà particulièrement difficile à Bukavu. La ville connaît, selon les acteurs locaux, une longue période de perturbation du fonctionnement des institutions financières, depuis la fermeture de plusieurs établissements à la suite de la prise de Bukavu par le mouvement AFC-M23 en février 2025.

Pour les commerçants comme pour les consommateurs, le rejet des billets vient ainsi ajouter une nouvelle difficulté aux nombreuses contraintes qui pèsent déjà sur les échanges économiques dans la ville.

Par Prosper Mubambwe