09/09/2026

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JIA 2026 : l’APEF encourage les femmes qui n’ont pas fréquenté l’école à reprendre le chemin de l’apprentissage

À l’occasion de 60ans de la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée ce 8 septembre 2026, l’Association pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin (APEF) appelle les communautés à continuer d’investir dans l’éducation des femmes et des jeunes filles. L’organisation encourage notamment celles qui n’ont pas eu la possibilité de suivre un cursus scolaire normal à se tourner vers les programmes d’alphabétisation.

 

Cette journée, célébrée depuis 1967, rappelle l’importance de l’alphabétisation comme droit humain fondamental et levier de développement, d’égalité et de paix. Selon l’UNESCO, l’alphabétisation permet non seulement d’acquérir des compétences en lecture, en écriture et en calcul, mais aussi de renforcer l’autonomie, la participation citoyenne et les possibilités d’accès à d’autres droits.

En 2024, au moins 739 millions de jeunes et d’adultes dans le monde ne maîtrisaient toujours pas les compétences de base en lecture et en écriture, selon les données citées par l’UNESCO. Cette situation montre l’importance de poursuivre les efforts en faveur de l’apprentissage tout au long de la vie, particulièrement pour les femmes et les jeunes filles qui ont été privées d’éducation.

Pour Hatia Kingombe Marceline, responsable pédagogique des centres de l’APEF, souligne que l’alphabétisation  constitue bien plus qu’un simple apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul. Elle représente, selon elle, un véritable outil d’émancipation et permet aux femmes de renforcer leur capacité à agir au sein de leur famille et de leur communauté.

« Quand une femme apprend, ça lui donne aussi le pouvoir d’agir. Elle se sent émancipée et fière », souligne-t-elle.

Dans les centres d’alphabétisation de l’APEF, certaines femmes arrivent avec des difficultés très élémentaires. Certaines ne savent même pas lire ou écrire leur propre nom. D’autres éprouvent des difficultés à lire une adresse, à remplir un document ou encore à accompagner leurs enfants dans les activités scolaires. Ces situations peuvent également être source de gêne et de perte de confiance en soi.

« Il y a des femmes qui nous disent que lorsqu’elles vont à l’école de leurs enfants et qu’on leur demande d’écrire leur nom, c’est difficile pour elles. Lorsqu’on leur donne une adresse, elles ne savent pas non plus la lire », explique Hatia Kingombe Marceline.

Pour répondre à ces difficultés, l’APEF utilise une approche adaptée à l’apprentissage des adultes, notamment à travers l’alphabétisation fonctionnelle. La formation ne se limite pas aux notions de base. Elle intègre également plusieurs thématiques destinées à renforcer l’autonomie des bénéficiaires.

Les participantes sont notamment sensibilisées à la gestion des conflits, au planning familial, aux droits liés au mariage et à l’héritage, ainsi qu’à la création d’activités génératrices de revenus.

La formation s’étend sur environ huit mois. Mais pour éviter que les connaissances acquises ne soient rapidement oubliées, l’APEF assure également un accompagnement post-formation.

Une petite bibliothèque permet notamment aux femmes de continuer à lire et à faire des exercices. Cette continuité est jugée essentielle par les responsables pédagogiques.

« On peut les former, mais après la formation, qu’est-ce qui doit se passer ? Nous les encadrons encore. Elles viennent à la bibliothèque, elles lisent et font de petits exercices pour ne pas oublier », explique-t-elle.

« Il n’est jamais trop tard pour apprendre »

À celles qui pensent qu’il est trop tard pour retourner à l’apprentissage, l’APEF adresse un message d’encouragement.

Pour Hatia Kingombe Marceline, le fait de ne pas avoir fréquenté l’école ne doit pas être considéré comme une fatalité.

« Ce n’est pas une question de tabou. Il faut simplement avoir du courage et prendre conscience que l’on peut encore apprendre. On apprend chaque jour. »

Elle invite ainsi les femmes et les jeunes filles qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école à saisir les opportunités d’alphabétisation qui leur sont offertes.

Les activités d’alphabétisation de l’APEF ne se limitent pas à la ville de Bukavu. L’organisation intervient également dans plusieurs zones du Sud-Kivu, notamment dans les territoires de Walungu et de Kabare ainsi que dans la plaine de la Ruzizi.

Sur le terrain, les équipes sont confrontées à plusieurs défis. Le principal concerne l’adaptation des apprenantes, qui ont des niveaux très différents.

Certaines sont des personnes totalement analphabètes et découvrent pour la première fois un tableau, une salle de classe ou des exercices scolaires. D’autres ont déjà été scolarisées mais ont interrompu leur parcours et doivent reprendre progressivement les apprentissages.

L’oubli constitue également une difficulté importante.

« Elles peuvent venir aujourd’hui, apprendre quelque chose, puis revenir le lendemain en disant qu’elles ont complètement oublié. C’est compliqué », témoigne la responsable pédagogique.

Pour surmonter ces difficultés, l’APEF effectue des descentes dans les ménages afin d’échanger avec les parents, les tuteurs et les maris des bénéficiaires.

L’objectif est de les impliquer dans le processus d’apprentissage et de les encourager à accompagner les femmes à domicile. Les enfants peuvent également participer à cet accompagnement en aidant leurs mères à faire les exercices ou à lire.

Pour l’APEF, cet environnement familial est essentiel pour permettre aux apprenantes de progresser et de conserver les connaissances acquises.

Le financement, un autre défi

La question des moyens financiers demeure toutefois une préoccupation. L’APEF travaille avec différents partenaires et bailleurs qui contribuent au financement de ses programmes, mais les ressources disponibles ne permettent pas toujours de couvrir l’ensemble des besoins.

Les apprenantes ont notamment besoin de cahiers, de livres, de stylos et d’autres matériels pédagogiques. Le soutien des familles est donc également sollicité, même si celles-ci disposent parfois de moyens limités.

Malgré ces difficultés, l’APEF entend poursuivre son engagement en faveur de l’alphabétisation des femmes et des jeunes filles.

À l’occasion de cette Journée internationale de l’alphabétisation, Hatia Kingombe Marceline lance un appel à l’ensemble de la communauté :

« Continuons ensemble à sensibiliser les femmes à aller s’instruire et à les encourager à aller à l’école. On dit souvent qu’éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation. »Par

 

Mitterrand Rukozo