01/10/2026

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Bukavu : inflation, pénuries et taux de change, le quotidien difficile des vendeurs

À Bukavu, la situation économique est de plus en plus préoccupante. Les vendeurs de produits de première nécessité lancent un appel désespéré aux autorités, les exhortant à stabiliser le taux de change, principal responsable de l’envolée des prix.

 

 

Lors d’une tournée effectuée par notre équipe de rédaction ce mercredi 2 avril 2025, le constat est alarmant : la majorité des vendeurs interrogés pointent du doigt la hausse vertigineuse du taux de change sur le marché local. D’autres facteurs aggravants sont également évoqués, tels que les difficultés d’approvisionnement liées à la fermeture de l’aéroport de Goma et l’inaccessibilité de certaines régions en raison des conflits.

Selon nos sources, le taux de change a atteint le seuil critique de 3 300 francs congolais pour un dollar américain, un chiffre qui peut même être arbitrairement fixé par les grossistes.

 Jeanine, vendeuse d’épices au marché Feu rouge, témoigne de son désarroi : « Nos marchandises proviennent de Kinshasa et Kisangani, mais la fermeture de l’aéroport de Goma nous coupe de nos sources d’approvisionnement. Lorsque nous parvenons à nous rendre à Goma, le taux de change exorbitant rend les achats impossibles. Avant, un verre de graines de courge coûtait 1 500 francs congolais, maintenant, il faut débourser 2 500 francs, quand on en trouve ! Comment voulez-vous que nous revendions à un prix abordable alors que l’argent ne circule pas ? Nous implorons les autorités provinciales de se pencher sur cette question du taux de change et de favoriser la circulation de la monnaie. »

Faustin, vendeur de viande au même marché, partage ce sentiment d’impuissance : « Le prix de la viande a grimpé en flèche, alors que les clients se font de plus en plus rares. Un kilo qui se vendait entre 13 000 et 14 000 francs congolais coûte désormais entre 16 000 et 17 000 francs. La plupart de nos clients ont fui la ville avant l’occupation, et ceux qui restent n’ont plus d’argent, car de nombreux fonctionnaires sont au chômage. » 

IMG-20250402-WA04531-300x218 Bukavu : inflation, pénuries et taux de change, le quotidien difficile des vendeurs

Joyce Furaha, vendeuse de farine de maïs et de manioc près de la place de l’Indépendance, exprime sa colère et son désespoir : « Le déséquilibre du taux de change a fait exploser les prix de nos produits. Un sac de 50 kg de farine de maïs est passé de 54 000-55 000 à 65 000-66 000 francs congolais. Un sac de 25 kg de manioc coûte maintenant 45 000 francs au lieu de 34 000-35 000. Si les autorités pouvaient supprimer le dollar du marché, ce serait une bénédiction. À défaut, qu’elles fassent au moins baisser le taux de change, cela nous soulagerait grandement. »

La fermeture des banques à Goma et Bukavu, depuis l’occupation par l’AFC/M23, continue de paralyser l’activité économique dans les deux villes, rendant la circulation de la monnaie et l’accès aux devises étrangères impossibles.

 

Par Prosper Mubambwe