À Bukavu, le quotidien des enseignants s’est transformé en un véritable chemin de croix. Face à des frais de transfert d’argent mobile exorbitants et à la fermeture des banques, ces piliers de l’éducation se retrouvent pris au piège d’une crise salariale sans précédent. Ce jeudi 3 avril 2025, des voix désespérées se sont élevées à Bukavu pour lancer un appel pressant au gouvernement congolais afin de trouver une solution pérenne pour garantir l’accès à leurs salaires et mettre fin à ce système de transfert qui les étrangle financièrement.
Depuis que Bukavu et ses environs sont passés sous le contrôle de l’AFC/M23, une ombre plane sur la vie des enseignants des écoles publiques et conventionnées. La fermeture des institutions bancaires, autrefois garantes d’une certaine stabilité financière, a plongé ces travailleurs dévoués dans une précarité alarmante. Ils sont désormais à la merci des services de transfert d’argent mobile, dont les commissions abusives grignotent leurs maigres revenus.
Bazibuhe Bagaya, enseignant dans une école primaire à l’Institut d’Ibanda, témoigne avec amertume de cette réalité . : « Toucher notre salaire est devenu un véritable parcours du combattant. Pour ceux qui sont payés via Pepele Mobile, l’argent transite par un opérateur à Kinshasa avant d’atterrir sur nos comptes Airtel Money ou M-Pesa. Mais ici, les agents de retrait n’hésitent pas à nous soutirer jusqu’à 10% de nos salaires, déjà bien modestes. Et pour nos collègues payés par les banques, c’est encore pire : ils n’ont rien perçu depuis deux mois ! » témoigne t-il.
Dans un contexte où le coût de la vie ne cesse de grimper, cette situation est devenue insoutenable. Ces enseignants, dont le salaire constitue souvent l’unique source de revenus pour leurs familles, se retrouvent dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. L’inquiétude et le désespoir se lisent dans leurs regards. « Nous supplions le gouvernement de Kinshasa de rétablir un système de paiement digne de ce nom et de mettre un terme à ces pratiques qui nous dépouillent », implore M. Bagaya, sa voix chargée d’émotion.
Le calvaire est d’autant plus pénible pour les enseignants exerçant dans les zones rurales, où la présence des agents de retrait est encore plus rare, les contraignant à des déplacements coûteux et incertains pour tenter de récupérer une partie de leur dû.
Malgré ces épreuves quotidiennes, ces héros de l’ombre continuent, avec une abnégation admirable, d’assurer l’éducation des enfants. Leur engagement indéfectible envers leur vocation mérite une reconnaissance et un soutien sans faille. Il est impératif que des mesures urgentes soient prises pour alléger le fardeau financier qui pèse sur leurs épaules et leur permettre de vivre dignement de leur travail essentiel.
Par Prosper Mubambwe

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