« Avant, je nourrissais ma famille… » : le désarroi des manutentionnaires de Bukavu, victimes de la crise socio-économique
Leurs bras autrefois sollicités sont aujourd’hui croisés, leurs espoirs vacillent. La rédaction de Freemedia a rencontré ces travailleurs essentiels des marchés de Bukavu, dont le quotidien est durement frappé par les conséquences de la crise, ce mardi 22 avril 2025.
Sur la route de Nyamugo, d’ordinaire fourmillante de vie et d’activité en direction du grand marché de Kadutu, règne une atmosphère étrangement calme à midi. Les entrepôts qui la bordent, autrefois points stratégiques où s’affairaient d’innombrables bagagistes, témoignent d’un ralentissement brutal. On y croise désormais une poignée d’hommes transportant ou déchargeant des marchandises, loin de leur nombre qui rendait la traversée difficile. Les camions en attente de déchargement se font rares.
Ce changement radical plonge de nombreux manutentionnaires, souvent pères de famille, dans une impuissance douloureuse. Le peu de travail disponible est rapidement saisi par les premiers arrivés, laissant les autres former de petits groupes devant les portes closes des dépôts, leurs conversations preuve d’une inquiétude palpable.
Ce lieu, autrefois animé par l’énergie de ceux qui tirent leur subsistance de ce métier, est devenu pour certains un lieu d’attente forcée, voire un simple décor. Lorsque notre équipe les approche, la même litanie revient : il est devenu presque impossible de gagner ne serait-ce qu’un quart de ce qu’ils gagnaient avant l’occupation de Bukavu par l’AFC/M23.

La raison de ce calvaire ? Ils l’attribuent unanimement à la coupure des routes, qui a engendré une insécurité dans les environs et empêche les camions d’atteindre Bukavu. Leurs clients habituels ne viennent plus s’approvisionner. « Mon travail ne marche plus comme avant. On nous dit que les routes où passent les camions de nos patrons sont bloquées. Avant, je pouvais gagner quinze mille francs et plus par jour ; aujourd’hui, je gagne difficilement trois mille francs », confie avec tristesse Mugisho Kulondwa, porteur au marché de Kadutu.
Les mots d’Aksanti Cubaka, père de trois enfants, résonnent avec une douleur similaire : « Depuis que la guerre a commencé, la situation est intenable ici au marché. Avant, je gagnais parfois dix mille à vingt mille francs par jour. Aujourd’hui, je me contente de trois mille francs, et cela me hante, sachant que toute ma famille compte sur moi », se désole-t-il.
Dans leur détresse, ces travailleurs lancent un appel vibrant aux nouvelles autorités provinciales, les suppliant d’intervenir pour rétablir la circulation sur tous les axes routiers connectant Bukavu au reste de la province.
Par Prosper Mubambwwe

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