Face à la prolifération inquiétante des déchets plastiques dans la ville de Bukavu, le Conseil urbain de la jeunesse (CUJ) lance un appel aux jeunes entrepreneurs, opérateurs économiques et investisseurs afin qu’ils se constituent en réseau ou en consortium pour étudier la faisabilité de la création d’une unité semi-industrielle de collecte, de traitement et de recyclage des plastiques. Cet appel ressort dans un communiqué signé par le CUJ, dont le copie nous est parvenu.
Depuis plusieurs années, Bukavu est confrontée à une accumulation croissante de déchets plastiques, notamment des bouteilles en plastique qui envahissent les eaux du lac Kivu, les artères principales, les marchés ainsi que les cours d’eau. Malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation menées par les organisations œuvrant dans la protection de l’environnement, les résultats restent encore peu satisfaisants sur le terrain.
Pour Junior Kamwele, président du Conseil urbain de la jeunesse de Bukavu, il est temps de transformer cette menace environnementale en une véritable opportunité économique.
« Cette initiative vise à encourager les opérateurs économiques, et particulièrement les jeunes entrepreneurs, à prendre cette question à bras-le-corps en investissant dans la création d’unités semi-industrielles de traitement et de recyclage des déchets plastiques. Nous devons cesser de considérer les déchets plastiques comme un problème. Ils constituent désormais une matière première qui peut être transformée en tables, en chaises, en pavés ou en plusieurs autres produits utiles. Ainsi, la ville pourra tirer des bénéfices économiques tout en améliorant son environnement », explique-t-il.
Selon lui, plusieurs initiatives locales ont déjà vu le jour. Certaines structures produisent des briquettes à partir de fibres, tandis que d’autres fabriquent des pavés à base de déchets plastiques. Toutefois, ces projets peinent encore à passer à une production à grande échelle en raison du manque de moyens financiers et techniques.
Le Conseil urbain de la jeunesse affirme que son action ne se limitera pas à un simple appel à l’investissement.
« Au-delà de la sensibilisation, nous allons mener des actions de plaidoyer auprès des autorités afin que les promoteurs de ces unités de recyclage puissent bénéficier d’exonérations fiscales et de facilités administratives. Nous voulons également obtenir un accompagnement de l’État en faveur des projets portés par les jeunes. Puisque les politiques publiques n’ont pas encore apporté de réponses claires à cette problématique, nous comptons soumettre des propositions concrètes aux décideurs », souligne Junior Kamwele.
Le CUJ réaffirme ainsi sa disponibilité à accompagner toute initiative sérieuse s’inscrivant dans cette dynamique de valorisation des déchets plastiques. L’objectif est de promouvoir un environnement favorable aux investissements dans le secteur du recyclage grâce à des mesures d’accompagnement, notamment des exonérations fiscales, des facilités administratives et un soutien institutionnel.
Pour le président du Conseil urbain de la jeunesse, Bukavu dispose déjà de nombreux atouts pour réussir ce pari.
« Les ressources humaines existent. Bukavu est une grande ville de près de deux millions d’habitants, avec de nombreux jeunes qualifiés, dont certains ont été formés à l’étranger dans différents domaines. Les compétences techniques sont disponibles », affirme-t-il.
À l’issue de recherches menées par son équipe, le Conseil estime qu’une unité semi-industrielle de recyclage des déchets plastiques pourrait être mise en place avec un investissement d’environ 80 000 dollars américains.
« Cette somme peut paraître importante pour un seul jeune entrepreneur. C’est pourquoi nous encourageons les jeunes à se regrouper en consortiums de cinq à dix personnes afin de mutualiser leurs moyens financiers et investir ensemble. Cette approche rend le projet beaucoup plus accessible », précise-t-il.
Concernant les contraintes liées à l’énergie, Junior Kamwele estime que cet obstacle ne constitue plus un frein majeur.
« La ville de Bukavu et ses environs disposent aujourd’hui de l’électricité. Il est temps d’arrêter de nous plaindre et de passer à l’action. Les opportunités existent, il nous appartient désormais de les saisir », conclut-il.
À travers cette initiative, le Conseil urbain de la jeunesse entend faire évoluer le regard porté sur les déchets plastiques, en les considérant non plus comme une simple nuisance environnementale, mais comme une ressource économique capable de créer des emplois, d’attirer des investissements et de contribuer à l’assainissement durable de la ville de Bukavu.
Par Mittterrand Rukozo

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