Dans les rues poussiéreuses à Bukavu, à l’Est de la RDC, un jeune artiste autodidacte transforme les cendres des pneus brûlés en œuvres d’art bouleversantes. Sans formation académique, sans école des beaux-arts, Elie Smart Bantu fait parler les images là où les voix sont étouffées.
« Je n’ai jamais appris à dessiner. À l’école, je payais même des camarades pour le faire à ma place. Aujourd’hui, ce sont eux qui apprennent à mes côtés. » confie-t-il avec un sourire discret.
Son style? L’hyperréalisme. Une obsession du détail qui donne à ses dessins une intensité presque palpable. Chaque trait raconte une histoire. Chaque ombre évoque une douleur. Chaque œuvre est un témoignage.
« Je suis obsédé par les détails. Je ne m’arrête que lorsque je sens que j’ai tout dit avec mon crayon. »

Mais ce qui rend ses créations uniques, c’est la matière même qu’il utilise: la poussière de pneus brûlés. Une signature artistique née des manifestations, des barricades, des cris de la rue.
« Le scendre des pneus me rappelle les événements que j’ai vécus. C’est ma mémoire. Mon indignation. Mon histoire. »

Dans un pays où les revendications sociales se heurtent souvent au silence, Elie capte l’inquiétude des familles, la fatigue des travailleurs, la peur du lendemain.
« Un jour, après des marches au Sud-Kivu, j’ai vu des parents se demander s’ils allaient manger le lendemain. J’ai voulu capturer ce moment. C’est là qu’est né mon dessin ‘Mungu saidiya’. »
Son art ne s’arrête pas au dessin. Elie pratique aussi les arts martiaux, qu’il considère comme une autre forme d’expression.
« Pour moi, l’art martial et l’art visuel ne sont pas si différents. Ils demandent la même rigueur, la même discipline. Je suis un double artiste. »
Ses œuvres, souvent réalisées en torse nu, révèlent une maîtrise du corps et du crayon. Une fusion entre le physique et le spirituel, entre la réalité et l’imaginaire.
Aujourd’hui, ceux qui lui apprenaient à dessiner sont devenus ses élèves. Et dans l’ombre, Elie Smart Bantu continue de faire parler les images. Sans bruit. Mais avec puissance.
Par Mitterrand Rukozo

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