Pour permettre aux jeunes organisations féminines de grandir et de leurs faciliter l’accès aux financements, les jeunes femmes sont appelées à miser sur la collaboration avec les organisations féminines aînées, non pas dans une logique de remplacement, mais de partage des savoirs et de construction de réseaux. Un appel lancé par Judith Maroy lors d’une interview qu’elle nous a accordée ce jeudi 29 janvier 2029.
Dans la province du Sud-Kivu, de nombreuses jeunes femmes créent des organisations engagées pour la paix, les droits humains, l’environnement ou encore la justice climatique. Ces structures naissent avec énergie et conviction, leur croissance reste souvent un parcours semé d’embûches. Pourtant, sur le terrain, les efforts sont réels, constants et porteurs d’espoir.
Judith Maroy, cheffe des programmes au sein du Club Zaïda Catalane pour la Paix et la Sécurité, dresse un constat , sur les défis et surtout sur les dynamiques positives portées par ces jeunes organisations féminines.
Elle a indiqué que ces organisations jeunes, dynamique mais freinées par le manque de ressources montrant que l’un des principaux obstacles à la croissance des organisations des jeunes femmes reste l’accès aux ressources financières, techniques et manque de la patience.
Selon Judith Maroy, il est difficile pour une organisation émergente de se développer sans partenaires ni bailleurs, alors même que ces derniers exigent souvent des critères élevés; systèmes financiers solides; audits externes; expérience antérieure ou encore capacité de gestion éprouvée.
»Les jeunes organisations n’ont pas toujours accès aux ressources et vous savez qu’il est difficile pour une organisation de grandir, d’émerger sans les ressources et pour avoir des ressources, il faut des partenaires, il faut des bailleurs qui parfois exigent des critères un peu costauds et difficiles que les jeunes organisations n’ont pas » explique-t-elle.
Malgré ces contraintes, les jeunes femmes ne restent pas inactives. Beaucoup mobilisent des fonds propres, font appel à des contributions internes ou sollicitent des appuis auprès de fondations et de personnes privées, faisant preuve de sacrifice et de résilience dès les premières étapes.
Loin de l’improvisation, de nombreuses organisations de jeunes femmes s’efforcent de se structurer de manière professionnelle.
Documents légaux, autorisations administratives, clarification des rôles internes, ces démarches, bien que coûteuses et parfois négligées faute de moyens, sont de plus en plus prises au sérieux par les jeunes organisations.
»Une organisation doit être structurée, crédible et sérieuse. Cela demande des efforts et des sacrifices, mais c’est indispensable pour gagner la confiance des partenaires, insiste Judith Maroy.
Ces efforts traduisent une volonté claire : ne pas “faire semblant”, mais s’inscrire durablement dans le tissu associatif et communautaire.
Face au manque de financements, les jeunes femmes misent aussi sur l’apprentissage autonome.
Grâce au numérique, aux formations en ligne, aux tutoriels et même à l’intelligence artificielle, elles développent progressivement leurs compétences en communication, en gestion des projets et en visibilité institutionnelle .
»Avec une simple connexion Internet, on peut apprendre à améliorer la communication de son organisation, valoriser ses activités, renforcer son image « , souligne Judith Maroy.
La créativité des jeunes femmes devient ici un atout majeur, notamment dans l’usage des réseaux sociaux et des outils numériques pour documenter et partager leur impact sur le terrain.
Elle appelle aux jeunes organisations féminines sur l’importance de la patience et du sérieux en approchant les aînés afin de favoriser leur croissance des actions .
Montrant que la recherche des partenaires et de financements est un processus long, qui exige cohérence, continuité et résultats concrets au sein des communautés.
»Il y a aussi des problèmes techniques, je viens de parler des ressources, il y a des problèmes techniques. Les jeunes ont des connaissances, ils ont des volontés, mais un peu vagues, pas bien cadrées.
Alors, ils ont besoin d’accompagnement des aînés pour les encadrer, leur dire techniquement qu’est-ce qu’il faut, les développements organisationnels, qu’est-ce qu’il faut. Et ça, ça nécessite une collaboration. « insiste t-elle
Elle pense également que le dialogue intergénérationnel est un levier clé pour la croissance de ces organisations en exhortant d’apporter leur maîtrise des outils numériques; et les aînées à transmettre leur expérience en gestion des projets, en suivi-évaluation et surtout leurs contacts auprès des partenaires financiers afin de donner ces jeunes organisations féminines de grandir.
»Les jeunes ont des connaissances, ils ont des volontés, mais un peu vagues, pas bien cadrées. Alors, ils ont besoin d’accompagnement des aînés pour les encadrer, leur dire techniquement qu’est-ce qu’il faut, les développements organisationnels, qu’est-ce qu’il faut. Et ça, ça nécessite une collaboration. Voilà pourquoi nous, on a toujours pensé que des échanges intergénérationnels étaient très importants. »
Si certains bailleurs restent exigeants, des mécanismes de parrainage et d’accompagnement émergent, permettant aux jeunes organisations de se professionnaliser progressivement, à condition de démontrer leur sérieux et leur impact.
Malgré des ressources limitées et un contexte sécuritaire fragile, ces organisations de jeunes femmes au Sud-Kivu fournissent d’efforts pour structurer, professionnaliser et croître leurs initiatives communautaires.
Par Mitterrand Rukozo

More Stories
Sud-Kivu : CAFCO poursuit le renforcement des capacités des OSC féminines en paix durable et inclusive
Journée internationale des femmes dans la diplomatie : Limba Nyakura plaide à valoriser la “touche féminine” dans les négociations
Genre-Paix et cohésion : les femmes invitées à prendre toute leur place dans la cohésion sociale