Elles ne sont pas sur les lignes de front. Elles ne portent pas d’armes. Pourtant, ce sont elles qui paient le prix caché de la guerre qui secoue l’est de la République Démocratique du Congo. Les femmes et les enfants des militaires sont aussi concernés. Leurs maris au front, les femmes et les enfants dans l’impasse.
Depuis l’occupation des villes de Goma et Bukavu par le M23, les familles militaires vivent un calvaire quotidien. Sans ressources, sans abri, sans soutien, elles sombrent peu à peu dans l’oubli. Certaines ont perdu leurs maris, des frères, des pères au combat. D’autres sont toujours sans nouvelles de leurs proches. Toutes partagent la même détresse, l’abandon.
Fuir sans rien emporter, survivre sans espoir
Depuis maintenant plus de trois mois, ces familles souvent installées dans les camps militaires comme celui de Saio ou Musique etc…, vivent dans l’errance, sans abri, sans nourriture, sans soins médicaux. Certaines dorment dans des églises, d’autres errent chez des civils qui, par peur de représailles, finissent par les chasser.
« On vivait au Camp Saio. Depuis la prise de la ville, nous dormons dans une église. Nos enfants sont tombés malades, on passe les nuits sans couverture. On ne sait plus où aller. Que les autorités trouvent une solution pour notre survie. » Shukuru Tumaini, femme d’un militaire.
Des enfants déscolarisés, des mères sans ressources
Leur quotidien est rythmé par l’incertitude, la faim et les maladies. Les enfants ont arrêté l’école, faute de moyens. Leurs maris sont morts ou portés disparus. Même leur solde, dans certains cas, n’est plus versée.
« Je vivais aussi au Camp Saio. Nous n’avions nulle part où aller, alors nous sommes restés ici, à l’église. Nos enfants n’étudient plus. Ils errent dans les rues pour trouver de quoi manger. Aucun soutien, aucune organisation ne nous vient en aide. Même malades, on accepte des petits travaux. On n’a pas le choix, il faut nourrir nos enfants. » Sifa Lyangila, veuve d’un militaire tombé au front.
Installées à même le sol, dans des églises transformées en abris , ces femmes luttent pour nourrir et protéger leurs enfants. Le gouvernement de Kinshasa ne les entend pas. Les ONG ne les voient pas.
Traquées, oubliées, exposées
Une femme veuve, ancienne habitante du camp Musique, témoigne anonymement:
« Nos maisons ont été détruites. Nous n’avons plus où dormir, ni comment soigner nos enfants. Pire, ils recherchent les femmes et enfants de militaires. On devient une cible, même chez les civils. »
Et la souffrance ne s’arrête pas là.
« Nous souffrons depuis le 16 février. J’ai fui avec mes quatre enfants… Malheureusement, une bombe les a touchés. L’un a perdu un bras, un autre a été blessé au ventre. » Anastasie Kiswa, mère rescapée
Des appels à l’aide ignorés
Certaines ont perdu leur mari au front, d’autres ne savent même pas s’il est encore en vie. Elles demandent, implorent, espèrent un geste des autorités à Kinshasa et les humanitaires.
« C’est comme si on a oublié nos maris qui se battent pour défendre ce pays. Et nous, on est ignorées. » Adèle Majuma, dont le mari est porté disparu
Une souffrance physique et psychologique
Dans leur silence, ces femmes portent des blessures invisible, les traumatismes, les stigmatisations le sentiment d’être abandonnées par la nation que leurs maris ont servi à travers leurs proches engagés. Aucun programme d’assistance, aucun soutien psychosocial, aucune reconnaissance.
Tandis que la guerre fait rage, elles vivent une autre guerre, celle de la survie.
Par Mitterrand Rukozo

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