Des pratiques de pêche destructrices en pleine recrudescence sur le lac-kivu
La guerre qui secoue l’est de la République démocratique du Congo ne se limite pas aux pertes humaines et aux déplacements. Elle s’attaque aussi à l’environnement. Sur le lac Kivu, les pratiques de pêche illégales se multiplient, mettant en péril les écosystèmes aquatiques et menaçant la survie du sambaza, un fretin plus consommé à Bukavu.
La raréfaction des poissons devient une réalité inquiétante. Selon plusieurs pêcheurs rencontrés ce vendredi 21 Novembre, par notre rédaction, la situation se dégrade à vue d’œil.
L’absence de contrôle ouvre la voie à l’anarchie
Depuis le retrait des militaires marins, l’activité de pêche sur le lac Kivu est devenue chaotique. Certains pêcheurs se comportent en électrons libres, utilisant des filets prohibés qui capturent même les alevins, compromettant ainsi la reproduction des espèces.
« Le problème, c’est que l’environnement du lac n’est plus protégé. Nos collègues utilisent des filets non réglementaires sans se soucier des conséquences. Ces filets attrapent même les plus petits poissons », déplore Kenedy Malago, pêcheur à la ligne au niveau de la SNCC.
Des pêcheurs engagés pour sauver le lac
Face à cette situation, quelques pêcheurs responsables ont décidé d’agir. Ils ont adopté des méthodes de pêche durables, comme la pêche à la ligne ou à la nasse, et se sont organisés en équipes pour lutter contre les pratiques destructrices.
Bahati Ndimanya, vice-président des pêcheurs de l’axe Gahawa, explique:
« Nous avons mis en place une garde pour traquer ceux qui détruisent les écosystèmes. Nous faisons une pêche responsable et nourrissons même les poissons. Nous demandons aux autorités de nous soutenir dans cette lutte. »
La guerre aggrave la crise écologique
La guerre a également entraîné la fermeture de la Bralima, une brasserie qui fournissait autrefois de la drêche, un sous-produit utilisé pour nourrir les poissons. Cette fermeture a aggravé la situation.
« Depuis que la Bralima a fermé, nous ne trouvons plus de nourriture pour les poissons. On risque de les voir disparaître », s’inquiète Kenedy Malago.
Pour pallier ce manque, certains pêcheurs ont commencé à collecter de la poussière de farine dans les moulins pour nourrir les poissons, une solution de fortune qui reste insuffisante.
Un avenir incertain pour la pêche locale
David Bahati, pêcheur, exprime son désarroi:
« Ce travail me permet de nourrir ma famille. Mais aujourd’hui, la guerre a tout détruit, même l’environnement. Les gens pêchent comme ils veulent, avec des filets inappropriés. Si ça continue, il n’y aura bientôt plus d’alevins. »
Il se souvient qu’avant le conflit, des moteurs de surveillance patrouillaient le lac pour intercepter les contrevenants. Aujourd’hui, ces dispositifs ont disparu.
« Depuis l’occupation de la ville par le M23, certains disent qu’il n’y a plus de gouvernement et qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent », ajoute-t-il.
Les autorités appelées à leurs responsabilités
Les pêcheurs lancent un cri du cœur aux autorités: rétablir l’ordre sur le lac Kivu en remettant en service les moteurs de surveillance et en interdisant l’usage des filets prohibés.
« Nous voulons protéger notre lac, notre source de vie. Mais sans appui, nos efforts resteront vains », conclut Bahati Ndimanya.
Par Mitterrand Rukozo

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